par Alain Avello
Il est un stade particulièrement élevé de soumission, celui où le vassal s’emploie à dédouaner son suzerain des effets les plus néfastes de sa domination, jusqu’à assumer d’en porter la responsabilité à sa place. Ainsi des scandaleuses « zones à faible émission » (ZFE), véritable pratique de « tri social », dont les européistes fanatiques osent prétendre qu’elles ne seraient pas imposées par l’Union européenne : si, en effet, aucun texte de l’UE ne prescrit explicitement leur instauration, la directive européenne 2008/50/CE portant sur la qualité de l’air ambiant fixe des seuils maximaux de pollution, s’agissant notamment du dioxyde d’azote et les particules fines.
Ainsi est-ce bien l’Union européenne qui impose aux États-membres de surveiller et de maîtriser leur pollution et les contraint à ne pas dépasser durablement les seuils qu’elle définit. A défaut, elle sanctionne en tapant au portefeuille, et elle n’y manque pas, en sus de ce qu’elle nous coûte annuellement en tant que contributeurs nets : pendant des années, la Commission européenne a engagé des procédures contre la France, puis la Cour de justice de l’Union européenne a condamné la France pour dépassement chronique des seuils de pollution dans plusieurs grandes agglomérations, comme Paris, Marseille, Lyon, Strasbourg, Grenoble…
A cette situation aussi emblématique qu’inacceptable résultant de notre perte de souveraineté s’ajoute la dérive de nos institutions « nationales » qui, elle aussi, s’explique largement par le dévoiement de la souveraineté, le peuple, seul souverain pourtant, s’en voyant dépossédé au profit de ces instances supranationales non-démocratiques car non-élues.
Souveraineté du peuple confisquée, souveraineté de la nation dilapidée, nous sommes bel et bien entrés dans cette « République des juges », tant honnie du général de Gaulle : en 2021, le Conseil d’État, saisi notamment par les « écologistes » et altermondialistes des Amis de la Terre ― on voit au passage combien l’« altermondialisme » est toujours et encore un mondialisme, tant il est, lui aussi, antisocial ― , le Conseil d’État, donc, exhortait l’État à prendre des mesures efficaces pour ramener la pollution sous les seuils européens, en lui infligeant des astreintes financières extrêmement lourdes (10 millions d’euros par semestre de retard, soit plus de 54 000 euros par jour).
Jeudi dernier, le Conseil constitutionnel, désormais présidé, comme on sait, par le très macroniste Richard Ferrand (avec l’adoubement du RN) a censuré vingt-cinq articles de la loi de simplification de la vie économique, dont celui abrogeant les ZFE, estimant qu’ils étaient sans lien avec l’intention initiale du texte ― pour simple motif procédural donc, le fameux « cavalier législatif » servant de subtilité juridico-byzantine grâce à laquelle le gouvernement des juges parvient à neutraliser des choix pourtant explicitement assumés par la représentation nationale.
En effet, le 14 avril dernier, l’Assemblée nationale, en une vaste majorité transpartisane prenant manifestement acte du très large rejet populaire et de l’exaspération montante face à une mesure aussi emblématique de l’escrologie punitive, avait voté pour la suppression des ZFE.
Las ! Dans la « République » des juges un artifice de procédure a raison de la volonté générale s’exprimant par la voix des représentants du peuple et, le poisson pourrissant décidément par la tête, c’est une institution originairement conçue pour garantir un juste équilibre des pouvoirs qui ne se contente plus de se rêver en « Cour suprême », mais se prend à en jouer pour de bon ― mais surtout pour le pire ― le rôle : très précisément ce que de Gaulle entendait absolument éviter.
Et c’est ce Conseil constitutionnel s’arrogeant une nouvelle fois des prérogatives qui ne devrait certes pas lui appartenir, qui, contre ceux du peuple, sert les intérêts et objectifs de l’Union européenne comme de l’escrologie punitive et résolument antisociale.
Car, derrière les formules creuses et simplement rhétoriques érigeant « la transition écologique » en modèle, voire en nouvelle religion, ce sont toujours les mêmes qui seront sacrifiés et paieront la note : les salariés contraints d’habiter loin des centres-villes devenus inaccessibles, les classes moyennes périphériques, les artisans, les retraités modestes, tous ceux pour lesquels la voiture n’est certes pas un luxe, mais une nécessité élémentaire de la vie quotidienne.
Dans le même temps, les catégories supérieures des grandes villes — celles-là mêmes qui célèbrent avec le plus d’enthousiasme les ZFE… et votent à gauche — disposent naturellement des moyens matériels leur permettant de contourner sans peine les restrictions et interdictions qu’elles voient avec indifférence et, souvent, mépris s’imposer aux premiers : ceux « qui roulent en diesel et fument des clopes », comme disait un éphémère ministre macroniste.




