Brève : L’Abandon… de tout courage politique

20 mai 2026

par  Alain Avello

 

La réponse du gouvernement à la demande que je faisais récemment par communiqué de presse, de rendre obligatoire la diffusion du film « L’Abandon » à destination de tous les collégiens et lycéens de France, vient d’être apportée à l’Assemblée nationale par Sabrina Roubache, ministre déléguée à l’enseignement professionnel : cela relèvera de la « liberté pédagogique » des enseignants…

L’argument est aussi spécieux que sidérant. Car enfin, depuis quand la liberté pédagogique comprend-elle celle de renoncer à porter les principes fondamentaux de la République ? Depuis quand permet-elle de cesser de défendre la laïcité ? Depuis quand autorise-t-elle au déni face au scandale absolu que constitue l’assassinat d’un professeur de la République ?

Pas d’obligation, donc, au nom de la « liberté pédagogique ». Voilà qui est extrêmement révélateur d’une lâcheté institutionnelle devenue systémique face aux agissements de l’islam politique  et de ses relais communautaires.

Pourtant, le film « L’Abandon » est parfaitement adapté aux publics scolaires : loin de toute idéologie et de toute « stigmatisation », il se borne à retracer avec rigueur les derniers jours de Samuel Paty, montre l’engrenage de renoncements, des calomnies, des pressions et des abandons ayant conduit à son assassinat.

En réalité, chacun comprend ce qui se joue ici. Si le gouvernement refuse d’imposer la diffusion du film, ce n’est pas par attachement sincère à une quelconque « liberté pédagogique », c’est parce qu’il redoute les réactions qu’une telle décision susciterait dans certains établissements. Il sait parfaitement que la diffusion obligatoire de ce film heurterait l’islamogauchisme de certains enseignants, provoquerait ici ou là des incidents, des contestations, des pressions communautaires, peut-être même des refus d’assister aux projections. Et plutôt que d’affronter cette réalité, l’institution préfère reculer ― une fois de plus.

Depuis des années, l’Éducation nationale tremble devant l’islam politique. Elle tremble devant les groupes de pression qui contestent la laïcité, devant les familles militantes, devant les activistes qui instrumentalisent les accusations d’« islamophobie », devant les organisations qui, en son sein même, ont multiplié les compromissions avec le communautarisme sous couvert d’« inclusion » ou de « lutte contre les discriminations ». Certains syndicats comme SUD Éducation, certaines organisations comme la FCPE, portent depuis longtemps une vision idéologique qui conduit à désarmer l’Ecole face aux offensives islamistes.

Et cette capitulation est désormais si avancée que, même après le meurtre de Samuel Paty, même après l’assassinat de Dominique Bernard, le pouvoir continue de manquer du courage politique requis pour accomplir le sursaut républicain qui s’impose.

Car une République assurée d’elle-même et, donc, volontariste et intransigeante sur ses principes et ses valeurs aurait agi autrement : elle aurait considéré que ce film relevait non d’une option pédagogique parmi d’autres, mais d’une nécessité civique et nationale. Elle aurait estimé que tous les élèves de France doivent comprendre ce qui est arrivé à Samuel Paty, pourquoi cela est arrivé, et ce que cet assassinat dit de l’état de notre pays.

Au lieu de cela, le gouvernement encourage vaguement, prétendument par respect de la « liberté pédagogique » des enseignants. On retrouve exactement la même logique de renoncement dans l’application de l’interdiction de l’abaya : la circulaire Attal existe, mais, par lâcheté toujours et encore, bien des chefs d’établissements ne l’appliquent pas sous prétexte de ne pas faire la « police du vêtement ». En réalité, l’institution est tétanisée à la simple idée des conflits qu’impliquerait une défense résolue de la laïcité, et le pouvoir peine à dissimuler son absence coupable de courage politique, lequel exigerait de courir le risque de tels conflits afin de réaffirmer la République.