par Alain Avello
À lire ses propos récents sur X, il faudrait croire que, pour Jean-Philippe Tanguy, la sortie de l’Union européenne ne serait plus qu’une lubie folklorique bonne à faire rire les professionnels de la politique installés bien au chaud dans le confort de leurs mandats. « Personne ne craint Philippot ou Asselineau en débat », écrit-il avec cette désinvolture méprisante qui sied si bien aux ambitieux persuadés d’avoir définitivement rejoint le camp des gens sérieux.
Le problème, pour le député RN, est qu’une part non négligeable de l’électorat populaire et patriote demeure profondément attachée à l’idée de pleine et entière souveraineté de la France. Et donc, qu’on le veuille ou non, au Frexit. On peut tourner cela en dérision dans les salons parisiens, ricaner sur les réseaux sociaux et feindre la supériorité intellectuelle ; il n’en reste pas moins que des millions de Français comprennent désormais que l’essentiel des politiques menées contre eux procède directement des contraintes européennes.
Il est toujours imprudent de prospérer sur un malentendu : combien d’électeurs du Rassemblement national continuent de croire que ce parti entend réellement restaurer la souveraineté française ? Combien imaginent encore qu’il existe une volonté authentique de rompre avec les traités européens, avec la tutelle de Bruxelles, avec cette mécanique supranationale qui dissout méthodiquement les nations ? Le RN récolte depuis des années les voix d’un électorat massivement eurocritique tout en s’employant, dans les faits, à neutraliser toute perspective de rupture véritable.
Pas même sur l’immigration — le combat historique du parti ―, le RN, compte tenu de son évolution, ne se donne encore la possibilité d’honorer ses promesses d’une réduction et d’un contrôle des flux migratoires, puisque rien de tout cela n’est possible en demeurant dans l’Union européenne, comme Giorgia Meloni en a fait la si éclatante démonstration.
Et Jean-Philippe Tanguy, qui ne peut pourtant ignorer cela, incarne à merveille cette évolution. Certes, l’homme a des qualités réelles : il est intelligent, rapide, efficace dans l’affrontement médiatique. Mais son itinéraire politique laisse perplexe. Transfuge de Debout la France, où il avait la pleine confiance de son président, pour rejoindre Marine Le Pen, il n’a pas manqué de donner le sentiment que les convictions suivent souvent la trajectoire des opportunités. On peine à discerner chez lui une fidélité doctrinale profonde — cela même, au fond, qui fait honneur à l’engagement politique — ; en revanche, on distingue très bien chez lui un tropisme plutôt marqué, une propension certaine à se trouver là où se distribuent les investitures, les fonctions, les mandats et, naturellement, les indemnités qui les accompagnent.
C’est précisément ce qui nourrit aujourd’hui la défiance d’une partie croissante de l’électorat patriote et authentiquement républicain : cette impression que certains responsables politiques ne croient plus vraiment à ce qu’ils disent, ou plutôt qu’ils disent ce qu’il convient de dire jusqu’au moment où le calcul politicien, à courte vue, de surcroît, l’emporte. Or parvenir aux responsabilités n’est certes pas une fin en soi, s’il ne s’agit d’un objectif s’accompagnant de convictions solides et d’une vision claire, toutes ensemble polarisées par l’ambition supérieure de sauver la France. D’autant, et c’est connu, qu’en politique, ce que l’on ne dit pas ou ne dit plus, on ne le fait pas.
Alors Jean-Philippe Tanguy peut ironiser sur les Frexiteurs. Mais il devrait peut-être se souvenir qu’avant de devenir un sujet de plaisanterie pour quelques carriéristes de la politique, le Frexit est à la fois l’une des grandes aspirations de cet électorat populaire et patriote grâce auquel son parti, paradoxalement et anachroniquement, prospère aujourd’hui, et la condition sine qua non du sauvetage de la France, le peuple étant toujours mu par l’intelligence de ce qui est conforme à ses intérêts.




