par Alain Avello
À tous ceux qui, y compris une bonne part d’enseignants et de responsables de l’ Éducation nationale, ne comprennent rien aux principes de la République — c’est consternant, mais c’est le cas (j’y reviens longuement dans un ouvrage à paraître) :
Il y a 237 ans, lors de la #Nuitdu4août1789, on s’apprêtait à abolir les privilèges hérités par le sang et, donc, octroyés dès la naissance à quelques uns (une « aristeia » profondément dévoyée et délégitimée, car n’ayant bien souvent mérité de rien — tel était l’Ancien Régime).
Trois semaines plus tard (26 août 1789), leur était substitué le *mérite*, sans que le mot ne fût toutefois employé, par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : tout en reconnaissant les « capacités » forcément inégales, ce texte aussi fondamental que fondateur ne retient que la « vertu » et des « talents » comme seuls critères légitimes, car équitables, susceptibles de fonder les distinctions sociales elles-mêmes, donc, légitimes.
Se trouvait ainsi posé ce qui me semble « le principe des principes » de la République, laquelle naîtra trois ans plus tard, le 22 septembre 1792 : celui d’égalité qui, à condition d’être bien compris — et il est navrant que ce soit si peu le cas aujourd’hui — est, d’abord, égalité des droits et des chances, et permet partant à chacun, à proportion de son mérite, de s’accomplir et de réussir au mieux.
L’égalité bien comprise, qui est donc consubstantielle au mérite, a inspiré et déterminé le fonctionnement de l’ École républicaine, et en a fait l’excellence (passée) : donner beaucoup, par une transmission et une instruction exigeantes, à chacun, et tout particulièrement à ceux qui n’ont eu, du fait de leur naissance, que peu accès au savoir et à la culture, afin de donner des chances égales à tous en remédiant autant que possible aux inégalités d’origine, préalable indispensable rendant ensuite légitime la sélection de ceux qui, par le seul fait de leur mérite, se distinguent comme les meilleurs (et l’on peut être des meilleurs en diverses choses : pas seulement dans les savoirs théoriques, mais également dans les savoir-faire pratiques, par exemple).
Cet idéal de l’ « égalité méritocratique » inspire les textes essentiels définissant l’instruction républicaine : outre la DDHC, le Préambule de 1946 qui garantit à chacun le droit d’accéder à l’instruction et à la culture, et justifie donc la transmission assumée et verticale des savoirs, le plan Langevin-Wallon qui entend « assurer à tous les possibilités maximum de développement » tout en permettant « la sélection des meilleurs », l’article L111-1 du Code de l’éducation, qui articule égalité des chances, transmission, culture et mérite…
C’est pourquoi, je tiens pour coupables d’un véritable crime de lèse-République tous ceux qui ont relégué et proscrivent l’exigence et la verticalité de la transmission, qui ont battu en brèche toute pratique de sélection juste, qui ont substitué la « bienveillance » à la culture de l’effort et du mérite.
Ces gens-là, à rebours des avancées de la Grande Révolution, maintiennent et restaurent les « privilèges », c’est-à-dire les inégalités de naissance et sont, partant, responsables de ce qu’hélas et largement l’ École d’aujourd’hui soit (re)devenue profondément inégalitaire, en ceci qu’elle maintient voire amplifie les inégalités d’origine.




