Sur les politiques éducatives régionales (intervention du 17 mars 2017)

Intervention Conseil Régional des Pays de la Loire

17 mars 2017

 

 

Monsieur le président,

Mes chers collègues,

Sont donc soumis à notre approbation deux rapports :

– le premier présentant les mesures du « Plan nouvelle chance pour les jeunes décrocheurs » impliquant une convention entre la Région, les services déconcentrés de l’Etat (Rectorat, DRAAF, Préfecture), la Protection Judiciaire de la Jeunesse, Pôle Emploi et l’Union Régionale des Missions Locales, ainsi qu’un accord de partenariat entre la Région, l’Académie de Nantes et l’association « C-Possible »,

– le second, un rapport d’orientation traçant les grands axes du nouveau « Pacte Educatif régional » en faveur des jeunes lycéens et apprentis de la Région, qui inclut, au titre des dispositifs qu’il met en œuvre, le Programme des Actions Educative, le PAE.

Concernant le premier rapport, le groupe Front National-Rassemblement Bleu Marine ne peut que saluer cette « volonté politique de lutter contre [le décrochage] » dont témoigne le « Plan nouvelle chance pour les jeunes décrocheurs ».

Notre collectivité fait montre de cette volonté au titre de la compétence que lui a conférée la loi du 5 mars 2014, exercice de cette compétence qui s’inscrit dans un « contexte [à la fois] européen et national ».

Au plan européen, elle dépend de la « Stratégie Europe 2020 », dont elle est l’un des axes.

Cela appelle de la part de notre groupe la remarque suivante : les motifs et finalités orientant cette « Stratégie Europe 2020 » sont, comme souvent avec l’Union Européenne, purement comptables, et s’inscrivent dans la continuité directe de la « Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi », adoptée par le Conseil européen en mars 2000.

Or, c’est précisément cette « Stratégie de Lisbonne », visant à mettre en place le grand « marché européen de la connaissance », stratégie que, du reste, Monsieur le président, le candidat que vous soutenez, lorsqu’il était ministre de l’Education nationale, s’est employé à traduire au niveau de la politique scolaire nationale — ce fut la « loi d’orientation et de programmation pour l’avenir de l’Ecole » de 2005 —, c’est cette « Stratégie de Lisbonne », se perpétuant donc dans la « Stratégie Europe 2020 » qui a eu pour effet d’effondrer encore davantage le niveau d’exigence et les contenus effectivement enseignés dans nos établissements scolaires.

La « loi Fillon » de 2005, « made donc in Lisbonne », ce fut le « socle commun de connaissances et de compétences » qui est l’exact contraire de la transmission effective des fondamentaux, sans lesquels pourtant notre système scolaire ne peut enfermer les enfants que dans le plus implacable des déterminismes sociaux ; ce fut la conversion à la religion du « numérique » qu’il s’est agi d’appliquer partout où c’était concevable, et même là où ça ne l’était pas, bien que pourtant, pardon de briser le dogme, le numérique soit d’un intérêt pédagogique quasi-nul ; ce fut la vénération sans mesure de l’ « Anglais de communication internationale », c’est-à-dire du globish, et la généralisation de son enseignement, au détriment des autres langues — le tout à seule fin d’ « employabilité » et surtout de « flexibilité de l’emploi ».

Or, et je soulève ici la question, quelle est la principale cause du « décrochage scolaire », sinon le renoncement du système scolaire à pleinement transmettre le savoir, à commencer par les fondamentaux, à garantir par là l’émancipation sociale, tout en permettant à chaque jeune de s’accomplir et de s’épanouir ?

Ce renoncement, au contraire, ne peut que produire un échec scolaire massif, amplifiant de surcroît les inégalités sociales d’origine !

Ce renoncement mène tout droit au « décrochage scolaire », dont les premières victimes sont les jeunes issus des milieux sociaux les moins favorisés !

Que notre collectivité s’engage dans la lutte contre le décrochage, ce dont encore une fois il est difficile de ne pas se féliciter, n’en fait pas moins qu’elle s’emploie à remédier à des effets, qu’à juste titre elle déplore, tout en en chérissant les causes, comme tel est du moins le cas de sa majorité et d’une large part de son opposition :

un désastre organisé par la soumission à l’Union Européenne — en matière éducative en l’occurrence — et par la démission corrélative de l’Etat.

Dans ce double contexte, et pour tout vous dire, je suis peu confiant dans l’efficience de cette politique régionale de lutte contre le décrochage.

Et j’ajouterai une apostille à ces considérations de fond pour m’étonner qu’une association comme « C-possible », dont j’observe les proximités avec le syndicat CFDT qui ne brille pas par sa neutralité idéologique, ainsi que les références appuyées au « vivre-ensemble », lequel contredit le principe d’assimilation républicaine, et dont nous avons voté avec votre majorité la suppression du PAE, que cette association soit pourtant partenaire du Plan de lutte contre le décrochage.

Concernant à présent le second rapport sur le « Pacte Educatif régional », le groupe Front National-Rassemblement Bleu Marine ne peut que saluer le souci d’égalité qu’il manifeste :

vous soulignez doublement l’existence de « zones blanches » en matière d’actions éducatives, comme l’Est de la Sarthe ou le Nord de la Mayenne, et le fait d’une moindre application du Programme d’Actions éducatives dans le privé que dans le public.

Pour autant, ces disparités auxquelles il est légitime de chercher, comme tel est donc le cas, à remédier, nous paraissent inévitablement devoir découler de la forme et de la logique dont ces actions éducatives sont par nécessité tributaires :

elles s’inscrivent dans le cadre de l’autonomie des établissements scolaires en prenant pour vecteur les « projets d’établissement », dont vous souhaitez qu’ils intègrent plus fortement ce Programme des Actions éducatives.

Or, et c’est bien ce qui suscite nos réserves, l’autonomie des établissements inéluctablement nourrit des ruptures d’égalité, au premier rang desquelles celle des élèves devant les enseignements dispensés et devant l’offre éducative qui leur est proposée.

Et c’est pourquoi, contrairement à l’ensemble des autres formations politiques, celle que je représente ici se montre extrêmement rétive face à l’autonomie croissante des établissements scolaires, et ne voit en aucun cas en elle, contrairement aux autres donc, la panacée aux maux et aux dysfonctionnements dont souffre notre système d’éducation.

Monsieur le Président, vous comme moi appartenons aux équipes rapprochées des candidats pour lesquels nous nous engageons en vue de l’élection présidentielle :

votre position est cohérente, car c’est dans les marges d’autonomie croissante laissée aux établissements scolaires, marges que votre candidat prétend encore accroître, c’est dans ces marges que l’action éducative régionale trouve sa justification et sa place…

mais c’est dans les carences d’une politique scolaire et éducative dont les orientations devraient être décidées au niveau national que prospèrent les ruptures d’égalité qui inévitablement découlent de cette autonomie ;

la mienne, la position que je défends est tout autant cohérente : je ne me fie que bien peu à l’échelon auquel se situe notre collectivité, a fortiori sur fond d’établissements scolaires bénéficiant d’une large part d’autonomie, pour permettre une réduction des inégalités.

Ce pourquoi, comme le rappelait utilement un article paru dans Le Figaro du 24 février dernier, qui confrontait sur la question de l’autonomie des établissements scolaires les positions des différents candidats, les vôtres sont tous favorables à plus d’autonomie, quand la nôtre réduira cette autonomie  et supprimera le « projet d’établissement », car c’est là la condition de la réforme, et particulièrement des mesures d’urgence, dont notre système scolaire a tant besoin, et c’est ainsi que se gagnera la bataille de l’égalité !

Et que cela prive la Région d’un des leviers de sa politique éducative ne nous chagrine nullement : la réforme territoriale que nous mettrons par ailleurs en œuvre supprimera la Région comme échelon administratif, pour réorganiser la République autour des trois niveaux historiques et de proximité que sont la commune, le département et l’Etat.